Des origines remontant probablement au Haut Moyen Age

Le village s’est construit le long de l’antique voie romaine et ancienne Route du Sel, voie de communication importante pour le Val de Villé qui reliait jadis les salines de Lorraine (Marsal près de Dieuze…) aux pays germaniques. Non loin de cette route, ainsi que sur le territoire de Thanvillé, on a découvert à plusieurs reprises des monnaies, des débris de tuiles et de poteries romaines.

Les noms en willer (hameau) passent pour anciens ; les premières localités se terminant par ce suffixe remontent aux 7ème et 8ème siècles ; l’on peut donc raisonnablement supposer que des gens se sont installés le long de cette route, dès le Haut Moyen Age. Mais à ce jour, ni les documents écrits connus, ni les traces sur le terrain, ne permettent de préciser la date de cette implantation.

Graphie et étymologie de « Thanvillé » (Tannweiler en allemand… Danwiller en alsacien)

Thanvillé est mentionné au 10ème siècle sous le vocable de Dannwiller, composé de Dann (forêt) et de willer (hameau). Par la suite on trouve aussi Dannwilre (12ème siècle), Tanwilare (1138). La graphie actuelle n’apparaît qu’à partir du 17ème siècle ; sur la carte dressée par Cassini au 18ème siècle le village s’écrit Tanvillé. De 1871 à 1944 les documents administratifs portent à nouveau le nom de Tannweiler. Que signifie ce nom ? Il s’agit sans doute d’un village construit au milieu d’une clairière, au bord de la Route du Sel.

A qui appartenait Thanvillé au Moyen Age ?

Il semble, d’après la chronique de l’abbaye d’Ebersmunster du 12ème siècle, – notre plus ancienne source – qu’au 10ème siècle, sous le règne d’Otton 1er – qui est devenu le premier empereur du Saint Empire Romain Germanique en 962 – le domaine de Thanvillé appartenait à un noble lorrain. A cette époque, Ebersmunster reçoit la moitié du territoire avec la chapelle de Saint-Maurice ; l’autre moitié, c’est-à-dire ce qui correspond actuellement à Thanvillé, Saint-Pierre-Bois et Hohwarth était donnée à l’abbaye de Moyenmoutier. Mais aucune allusion au village même de Thanvillé. Les autres documents du 12ème siècle n’évoquent que « le domaine » ou « le château ».

15è siècle : premières traces manuscrites d’un village et plusieurs propriétaires en quelques décennies

Ce n’est qu’au 15ème siècle qu’on trouve enfin trace du village : en 1419, à la mort de Hans Schwarber, « das dorff Danwilre » passe comme fief lorrain aux Rathsamhausen-Kintzheim. En 1481 « das dorff Tanviler » passe aux mains de Bechtold Schönmans….qui le vend quelques années plus tard à Caspard von Mörsberg, (= de Morimont), noble sundgauvien et Landvogt, c’est-à-dire bailli provincial, des Habsbourg en Alsace. En 1492, c’est au tour des Hattstatt d’acquérir « Tanwiller » ; ils le revendent, en 1540, au duc Antoine de Lorraine – celui qui a participé au massacre des paysans en Alsace en 1525 – qui le cède en fief à Jean de Widrange. Les autres seigneurs de Thanvillé seront évoqués dans l’histoire du château.

16è et 17è siècles : conflits, guerres et incendies ravagent le village à plusieurs reprises

Les habitants vont souffrir du passage obligé des soldats au moment des conflits. C’est ainsi qu’en 1571 ils sont victimes du différend qui éclate entre Olry, fils et héritier de Jean de Widrange, et son voisin Nicolas de Bollwiller de la seigneurie de Villé ; ils assistent, impuissants, à l’incendie de leur village. En 1633, ils subissent les exactions des Suédois au moment de la Guerre de Trente Ans. Il ne reste que quatre foyers en 1648 au moment du début du rattachement de l’Alsace au Royaume de France (Traité de Westphalie sous Louis XIV). Le village se repeuple lentement, en 1708, on ne compte que 7 maisons habitées. La véritable paix ne s’établit qu’au 18ème siècle ; elle amène de nouveaux arrivants, une certaine prospérité, de sorte qu’en 1786 une trentaine de familles habitent le village qui comptera 212 habitants en 1801.

Révolution française : de la seigneurie de Thanvillé à la 1ère municipalité

La révolution française dépossède les Dartein, propriétaires depuis peu de la seigneurie et du château, de leurs droits féodaux et notamment de celui de rendre justice. Sur la colline, derrière le château, à proximité du village de Saint-Maurice, se dressait le gibet de la juridiction lorraine du bailliage de Saint-Dié – la seigneurie de Thanvillé demeure une enclave lorraine jusqu’en 1766, année du rattachement de cette province au royaume de France – ; cette potence est mentionnée sur la carte de Cassini du milieu du 18ème siècle par le terme « justice ». Le vicomte Théodore de Castex fait ériger, en 1895, une statue de la Vierge à l’emplacement de ce sinistre gibet.

Joseph Schillinger : premier maire de Thanvillé (1789 à 1791)

Désormais les villageois vont pouvoir s’administrer eux-mêmes, élire leur conseil municipal et leur maire ; Joseph Schillinger est le premier à accéder à cette charge. La mairie s’établit à côté de l’église et partage, avec l’école, un bâtiment du 18ème siècle. Thanvillé possède, depuis 1706, une des premières écoles de la vallée ; c’est le châtelain qui rétribue l’instituteur. En 1878, on construit une nouvelle école-mairie, au centre du village ; l’ancienne était en effet éloignée de plus d’un kilomètre du cœur de l’agglomération. On coiffe le nouvel édifice d’un clocheton dont la petite cloche est dénommée, dans le langage populaire, « Schulglöcklein ». Elle est dédiée aux 12 apôtres dont les statuettes sont coulées dans la masse. Elle remplace souvent celle de l’église trop éloignée et annonce les évènements civils et religieux.

Le village bénéficie parfois, au 19ème siècle, de certaines aides de la famille de Dartein-Castex, mais la localité connaît, comme le reste de la vallée, la surpopulation (448 habitants en 1836) et son cortège de misères : sous-nutrition et malnutrition entraînant les maladies et l’exode.

1870 à 1944 : 3 conflits successifs entre la France et l’Allemagne

Les trois conflits entre la France et l’Allemagne ont également laissé des traces. C’est ainsi qu’en août 1870 se déroule à proximité du château le combat de Thanvillé (voir ci-après). En août 1914 les soldats bavarois ont menacé d’incendier, à l’exemple de Saint-Maurice, le village de Thanvillé. Une statue du Sacré Cœur, placée en bordure de la Route du Sel, en rappelle le souvenir. Le monument aux morts porte le nom des 12 victimes de la Première Guerre mondiale, 645 soldats allemands tombés au cours du premier conflit mondial reposent au cimetière militaire, à mi-chemin entre le château et l’église.

Histoire : le Château de Thanvillé

Situé à proximité de la D 424, voie de passage importante dans le Val de Villé, le château de Thanvillé ne passe pas inaperçu aux yeux des automobilistes. Ils découvrent, dans une vallée vosgienne, un château de plaine jadis entouré d’eau (Wasserburg).

1089 : un château en chantier

Cette demeure seigneuriale est un castel du 16ème siècle reconstruit au 17ème siècle. A l’origine une forteresse bâtie au 11ème siècle s’élevait à cet emplacement et surveillait l’entrée de la vallée et l’antique Route du Sel. L’histoire de cet édifice est difficile à cerner – comme celle du village – et il reste, à ce jour, de nombreuses zones d’ombre. Une certitude cependant : en 1089, un château est en chantier à Thanvillé.

Qui le construit ? le comte Hugo d’Eguisheim-Dabo qui, à cette époque, est l’avoué des biens (chargé de la protection et de la représentation juridique) de l’abbaye de Moyenmoutier dans le Val de Villé. Or Thanvillé, Saint-Pierre-Bois et Hohwarth font, à ce moment-là, partie de ces possessions (voir l’histoire de ces localités).

Que devient ce bâtiment ? On n’en sait rien : la lecture des archives n’apporte aucun éclaircissement pendant plusieurs siècles, ce qui est très étonnant.

15è au 18è siècle : plusieurs propriétaires successifs… destructions et reconstructions

Au 15ème siècle, le village de Thanvillé change souvent de propriétaire. Ce n’est qu’en 1507 que l’on retrouve trace du château dans les archives : le duc René de Lorraine cède en viager à Caspar Hattstatt, maire de Villé, sa place – c’est-à-dire son château – de « Tantviller » à charge d’y faire des réparations pour au moins 200 florins. En 1518, le duc de Lorraine rachète le château ; il le cède en 1541 à Jean de Widrange, son conseiller et secrétaire. En 1571, un violent incendie ravage le bâtiment et réduit en cendres les archives et divers titres. L’année suivante, Olry, fils de Jean de Widrange, vend les ruines à J. Friederich von Worms, colonnel de lansquenets. Celui-ci reconstruit le château qui devient une forteresse capable de résister à l’artillerie de l’époque. Son fils, qui prend le nom de Guillaume Frédéric de Tanviller, a dans ses armes « un cerf passant d’argent, sur fond d’azur » qui deviendront par la suite les armoiries de la commune.

Le château n’échappe pas aux destructions de la Guerre de Trente Ans ; les Suédois l’incendient en 1633. Frédéric de Tanviller commence à le réparer mais il ne peut achever la reconstruction car il meurt en 1650 et c’est Bazin de Chanlas, le second époux de sa fille unique qui termine les travaux de restauration. Le bâtiment prend alors son aspect actuel, à quelques détails près (suppression par exemple des fortifications après 1738). Après la mort du baron de Chanlas en 1682, c’est Marie-Agnès de Coqfontaine qui en devient la châtelaine et marque de son empreinte, pendant un demi-siècle, l’histoire de la seigneurie. Charles de Lort de Saint Victor hérite de la seigneurie en 1752. A une châtelaine de caractère et énergique succède un seigneur dont l’histoire retient surtout les excentricités ; cependant, ce dernier modernise le château et fait construire l’église actuelle.

18è siècle : les Dartein

En 1786, Jean-Félix de Dartein achète l’ensemble de la seigneurie pour 180 000 livres. Il meurt deux ans plus tard. Son fils Charles lui succède ; celui-ci est prêteur royal à Sélestat et fondeur de canons. A ce titre il est nommé au poste de commissaire aux fontes de l’Artillerie de Strasbourg en 1790. Il n’émigre pas sous la Révolution et préserve ainsi ses biens qui ne seront pas vendus.

19è et 20è siècle les Castex

Adélaïde de Dartein, fille du châtelain, épouse en 1810 le général Bertrand Pierre Castex, originaire de Pavie (Gers) et acquiert la seigneurie en 1814. En 1830, le châtelain devient vicomte de Castex. Après sa mort (1842), le domaine devient propriété, en 1856, de Théodore, le seul fils survivant du général, qui entreprend d’importants travaux de restauration. C’est son fils Maurice qui, en 1886, fait paraître l’ouvrage « Histoire de la seigneurie lorraine de Tanviller – en – Alsace ». Le château subit d’importants dégâts. En 1870, il est pillé par les Allemands en représailles de l’attaque dont ils ont été l’objet. Pendant la Première Guerre mondiale il sert d’hôpital militaire, ce qui provoque de graves dégâts à l’ameublement. Le mobilier est reconstitué après 1918 mais il est à nouveau pillé par l’occupant nazi au moment du second conflit mondial.

Une page est tournée en 1981. Après le décès de Gérard de Castex, le château est vendu à une famille de la région (SCI Domaine du Château de Thanvillé, famille Wagner). Pour les habitants de la vallée il restera, sans doute encore longtemps, « le château des Castex ».